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Apprendre à voir par le beau

Congrès de REIMS 24/25/26 Mai 2002

La personne et son éducation ou comment situer le Projet des parents d'élèves de l'Enseignement Libre sur le Beau et répondre implicitement aux critères supports du " Projet LANG " dans les cadres artistiques et culturels.

Une réduction de l’éducation aux aspects purement techniques et fonctionnels est constatée. Les sciences pédagogiques et éducatives elles-mêmes sont apparues plus arrêtées sur le versant de la reconnaissance phénoménologique et de la pratique didactique que sur celui de l’éducation proprement dite, centrée sur des valeurs et des horizons lourds de signification.

La fragmentation de l’éducation, le caractère générique des valeurs auxquelles on en appelle fréquemment, tout en obtenant un large et rapide consensus, au prix, cependant, d’un dangereux obscurcissement des contenus, tendent à replier l’école sur un neutralisme supposé, qui épuise le potentiel éducatif et se reflète négativement sur la formation des élèves. On veut oublier que l’éducation présuppose et implique toujours une conception déterminée de l’homme et de la vie.

À la prétendue neutralité scolaire correspond, le plus souvent, l’éloignement pratique de la référence religieuse du champ de la culture et de l’éducation.

Dans le projet éducatif de l’école catholique, on ne fait pas de séparation entre les temps d’apprentissage et les temps d’éducation, entre les temps de la connaissance et les temps de la sagesse. Les diverses disciplines ne présentent pas seulement des connaissances à acquérir mais des valeurs à assimiler et des vérités à découvrir.

Une vision pédagogique adéquate est au contraire appelée à se mouvoir sur le terrain plus décisif des fins, à se préoccuper non seulement du " comment " mais aussi du " pourquoi ", à dépasser la méprise d’une éducation aseptique, à rendre au processus éducatif ce caractère unitaire qui empêche la dispersion dans la diversité des connaissances et des acquisitions en mettant au centre la personne dans son identité globale, transcendantale, et historique.

Apprendre à goûter les choses intérieurement. Ce n'est pas une lecture numérique et quantifiée des événements et des hommes qui permet d'appréhender le réel au cœur des réalités quotidiennes. Les êtres et les choses ont un passé qu'il nous faut découvrir et un avenir qu'il nous faut rêver. Il faut retrouver le sens et la saveur des choses. Tout nous fait signe si nous acceptons d'entrer dans l'univers de la culture, de l'intuition et de la poésie. Que valent l'étude et les connaissances de la science si l'on ne sait pas s'arrêter pour admirer ? Que vaut la pensée sans la contemplation ? Savons-nous dépasser nos certitudes pour approcher du mystère ?

Notre monde répond au pourquoi faire mais il crève de ne plus pouvoir savoir pourquoi être. La création continue jour après jour. Il nous faut retrouver les chemins de l'intériorité et de l'humanisme.

" L'art est comme la prière, une main tendue dans l'obscurité qui veut saisir une part de grâce, pour se muer en une main qui donne. "(F. KAFKA)
Laissons les lieux nous faire découvrir la Lumière, l'Émotion, les Bruits, le Silence, la Connaissance. Pour qu'il y ait Sagesse, il faut qu'il y ait confrontation, opposition et non acquiescement passif à tous les discours.

" Une pensée même vraie devient fausse si l'on s'en contente " (ALAIN).
Comme Gustave FLAUBERT, il nous faut renoncer à la rage de vouloir conclure.

Le merveilleux doit être un pont vers le spirituel (ex. : on ne devrait enlever aux enfants la foi aux légendes qu'en leur montrant en même temps la réalité supérieure dont ces légendes sont la traduction symbolique, sinon on rétrécit leurs âmes, on les stérilise, on fait tomber les ailes avec des illusions, cf. le Père Noël).

Le nivellement universel, en tuant les différences entre les hommes tue aussi la vraie unité sociale tout en créant une unité beaucoup plus factice, rapide, transformable à loisir fondée sur un vide de l'âme, une perte de liberté pour une soumission à des concepts matérialistes.

L'éducation de l'enfant doit l'envisager dans son aspect le plus concret (concretum = qui croît avec). La vraie émulation porte plus sur l'être que sur l'agir.

Une très haute vertu rayonne toujours de beauté, une parfaite œuvre d'art élève non seulement les esprits mais les âmes. Cela peut nous permettre d'envisager une autre approche de la morale à travers une conception esthétique. Le bien devient un objet de contemplation en même temps que d'action. Parce qu'il est laid plus que défendu ou nuisible, le mal est méprisé. Le beau s'éprouve, il ne se prouve pas et nous sommes d'autant plus libres qu'il y a plus de raison dans nos âmes. Il est volontaire quand il naît de la raison, il est involontaire quand il découle d'une non-liberté.

La vraie beauté est ce qui peut être à la fois regardé et vécu. Le secret de la perfection gît peut-être dans la plus petite chose faite avec le plus grand amour. Ce que l'on a pas l'habileté d'exécuter de suite, alors même qu'on en possède complètement la science, différence entre la théorie et la pratique, est un objectif essentiel de l'école.

Si l'on pense l'éducation en terme de personne humaine, il est clair que le modèle unique vole en éclat. L'accent doit être mis sur les réalités du lieu et non sur des exigences abstraites édictées par un lointain ministère. L'école doit répondre aux besoins de chaque enfant, besoins liés à sa vocation d'être Homme et surtout " tel homme " en fonction. Et qui sait, mieux que les parents, ce dont leur enfant a besoin en profondeur ?

Dogme actuel, une école rejetant les critères égoïstes, élitistes ou fondés sur des préjugés. Pourtant les parents sont jugés responsables en tant qu'électeurs, suffisants mais insuffisants dès lors qu'il s'agit pour eux de choisir l'école de leurs enfants.

La liberté d'enseignement est la dernière pierre de l'édifice démocratique, tant que cette liberté ne peut être pleinement exercée, l'idéal démocratique n'est pas pleinement réalisé. Elle doit donner au citoyen le " droit de choisir son maître ".

Le monopole favorise l'irresponsabilité généralisée, avec comme seule alternative pour l'élève l'adaptation ou l'échec. Le monopole est ingérable du fait du gigantisme administratif. Il faut faire concourir les compétences vers un idéal pédagogique, c'est l'émulation saine au sein du système éducatif.

L'État doit promouvoir le droit à l'éducation. Tout le monde doit avoir accès à cette liberté. Cela implique naturellement la mission du financement, la mission d'information objective sur l'offre pédagogique à disposition, la mission de cohérence entre les effets d'annonce et les moyens réellement et concrètement mis en œuvre sur le terrain.

Toulon, le 20/05/02.

Voir aussi le texte d'une conférence du Père Vincent-Paul Toccoli (S.D.B.)


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