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Dossier Entrée en 6e


Le syndrome du homard

La sixième correspond également à une période transitoire très importante chez l'enfant, celle de la préadolescence suivie de l'adolescence, moment redouté par nombre d'entre nous.
Nous vous présentons une étude réalisée par le Docteur Jean GUEGUEN, membre du Conseil d'Administration de l'APEL St Joseph (Cannes), d'après des ouvrages de Françoise DOLTO que vous pourrez consulter si vous désirez approfondir le sujet.


Notre petit garçon ou notre petite fille va passer de l'école au collège, du CM2 à la sixième. C'est un moment important qui va les faire pénétrer dans un nouveau monde mais surtout qui va leur faire réaliser une mutation, le passage de l'enfance à l'adolescence. L'adolescence est dans une vie d'être humain une phase essentielle et passionnante. Elle va transformer l'enfant et l'amener au statut d'adulte. De la même façon que le nourisson à la naissance coupe le cordon ombilical, c'est une seconde naissance que l'enfant va connaitre en pénétrant dans l'adolescence. Cette mutation est évidemment différente selon l'enfant. Elle sera plus ou moins facile selon le milieu social, familial, l'intellect, l'affectif... mais pour tous la loi de cette mutation sera de quitter peu à peu la protection familiale pour arriver à l'autonomie de l'âge adulte... vaste programme.

Parlons d'abord biologie
L'adolescence, à son début, est marquée par la survenue de la puberté. Notre petite fille va devenir nubile en développant ses seins, sa pilosité pubienne et en voyant apparaître ses règles. Notre petit garçon va aussi voir sa pilosité se développer, sa voix muer et connaitre les érections. Tout ceci est évidemment à nuancer selon l'enfant mais schématiquement pour la fille comme pour le garçon va apparaître le « problème du miroir ». L'une ou l'autre peuvent se trouver beau mais aussi ne pas se plaire, ce qui est important chez l'adolescent, c'est qu'il cherche à se plaire sous le regard des autres. Ce changement, créé par la puberté, inaugure donc l'adolescence, période de fragilité parce qu'elle est brève (quelques années) mais doit se terminer par l'éclosion du personnage adulte. C'est là le syndrome du « homard ». Comme le homard qui perd sa carapace, l'adolescent va devoir perdre sa carapace d'enfant pour retrouver une carapace d'adulte. Dans la période où cette nouvelle carapace va se former, vulnérable, il va se trouver confronté à des dangers, comme le homard.

Que se passe-t-il durant l'adolescence ?
Si l'adolescent doit progressivement quitter le cocon familial et accéder à l'autonomie, cette autonomie, il la souhaite et la craint à la fois. Certains ne veulent pas quitter le cocon et parfois ne le quitteront jamais. D'autres veulent le quitter très tôt. Il va de soi que ces différences de situation vont dépendre de multiples facteurs (sociaux, génétiques, familiaux...).

Le rôle des parents
Le problème de mutation de l'adolescent est également celui de ses parents qui assistent à cette transformation. Certains vont lutter contre « l'échappée » de leur progéniture, voulant garder « leur petit », créant l'amorce de conflits. D'autres vont se voiler la face et se désintéresser de cette mutation. Dans les deux cas, l'adolescent peut souffrir d'un trop plein d'affection ou à l'inverse d'un manque d'intérêt pour ses problèmes. Car des problèmes, il y en a...
L'idéal est l'acceptation par les parents de cette apparition du futur jeune adulte, l'accompagnement réel, intellectuel, affectif avec discernement et discrétion. Etre là quand il le faut, savoir écouter. L'adolescence constitue une phase pas seulement difficile pour l'enfant mais aussi délicate pour les parents.
Ces derniers vont devoir se mettre en « veilleuse », « se déparentiliser » progressivement. L'adolescent, de son côté, en s'éloignant du milieu familial, va connaître la bande et la relation amoureuse. La bande de copains permet de se rassurer (il cherche à se plaire dans le regard des autres). La relation amoureuse est évidemment variable et amorce tout l'affectif futur.
Ces situations sont importantes en apportant des points positifs. La bande, le groupe sont utiles si on l'y développe des idées, si l'on y converse sur de multiples sujets, si l'on y apprend l'amitié et l'entraide. Des éléments négatifs peuvent aussi survenir. La bande peut favoriser la consommation de tabac ou de drogue d'autant plus facilement que tabac et drogue créent un « micro-climat » faussement rassurant. Pour certains adolescents, il instaure une « déréalisation », fuite devant le monde qui les attend et leur fait peur. L'attitude des parents est là essentielle non moins que celle des enseignants. L'adolescent doit pouvoir leur parler, les parents et les enseignants doivent savoir aller à sa rencontre.

Intellect et enseignement
C'est enfoncer des « portes ouvertes  ,» que de noter que notre société adolescente se rajeunit. Le niveau intellectuel s'élève et les couches sociales s'égalisent. Cette société adolescente constitue une clientèle de plus en plus intéressante dans le domaine de la publicité et du commerce. C'est une véritable force par son importance. L'adolescent doit donc développer sa personnalité affective mais aussi intellectuelle pour parvenir à un équilibre. À notre époque, la scolarisation se prolonge de plus en plus, ce qui peut offrir des avantages à l'adolescent :
- épanouissement de l'intelligence et de l'affirmation générale ;
- augmentation de la polyvalence, retardant aussi le choix professionnel.

Mais des difficultés peuvent aussi en découler. Le conformisme familial peut se sentir attaqué par l'esprit critique et la rigueur intellectuelle se développant chez l'adolescent qui peu à peu devient plus instruit que papa et maman. La réaction parentale, là encore, devra être ni une démission, ni une opposition pour que l'adolescent continue de trouver la présence dont il a besoin sur le plan affectif et sur celui de la sécurité.
Dans le secondaire, il peut connaître une anxiété liée au nouveau type d'enseignement par rapport au primaire. Pour certains, ce sera l'angoisse de ne pas réussir. Il faudra tout le talent des professeurs dans leur fonction d'enseignants mais aussi de psychologie pour ne pas les désespérer.
Emmanuel MOUNIER, philosophe, disait : « désespérer de quelqu'un, c'est le désespérer»
Le professeur est le médiateur entre la connaissance et l'élève. Une antipathie vis à vis du maître peut créer un blocage du désir et donc de l'acquisition des notions. L'inverse peut être vrai. C'est la modalité affective du lien entre professeur et élève que seule rend possible la communication des esprits. Ainsi le maître « ironisant » peut blesser, « méprisant » peut humilier « autoritaire ou impulsif  » peut effrayer voire susciter l'insolence.

Nous n'avons fait « qu'ébaucher » certains aspects de l'adolescence. Celle-ci, faut il le rappeler est une nouvelle naissance de l'enfant qui va l'amener à l'état d'adulte. C'est une merveilleuse aventure, phase pleine de troubles, d'émois, mais riche où tout le monde a un rôle important à jouer :
  • L'adolescent lui même, les copains, la bande, les pulsions amoureuses, le désir de réussir, la réflexion ;
  • Les parents qui doivent accompagner en sachant que même devant l'opposition de l'adolescent, celui-ci a besoin d'eux ;
  • Les enseignants qui évidemment doivent posséder de réelles qualités intellectuelles tout en étant de fins psychologues.
Bien sûr, chaque mot de ce texte peut être développé, chaque situation disséquée et faire l'objet d'une discussion. Mais l'être humain est complexe par les inconnues qui subsistent dans ce « connais-toi toi même  » et en conclusion nous dirons que :

« SI TOUT ÉTAIT SIMPLE, RIEN NE SERAIT COMPRIS   ».


Jean GUEGUEN (mars 1997)



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