À l'occasion de la 2e année préparatoire au jubilé de l'an 2000, une lettre Pastorale de Mgr Saint - Macary, Évêque de Nice :
« La présence et l'action de l'Esprit Saint »
Dans deux ans, l'an 2000.
Anniversaire de la naissance de Jésus.
Vingt siècles d'histoire de l'Église.
Sommes-nous fidèles au Christ ?
Le présentons-nous à notre monde, vivant et sauveur ?
L'Église rend grâce pour ces vingt siècles de persévérance
et de témoignage ;
l'Église demande pardon pour ses aveuglements et ses désobéissances à son Seigneur.
À la demande du Saint Père, nous nous préparons au Jubilé de l'an 2000. L'année dernière, nous avons contemplé le Christ dans sa personne et sa mission, nous avons approfondi notre relation avec lui inaugurée à notre baptême. Cette année, nous sommes invités à regarder davantage cette personne mystérieuse qui est l'Esprit Saint.
Jésus a été conduit par l'Esprit Saint. Les chrétiens se laissent conduire par l'Esprit Saint. La présente lettre voudrait aider les catholiques de notre diocèse à réfléchir sur la présence et l'action de l'Esprit Saint dans la vie chrétienne, dans la vie ecclésiale, dans le monde. Nous souhaitons que ce texte soit mis à la disposition des fidèles pour qu'ils le méditent et le travaillent. D'autres manifestations dans le diocèse marqueront cette « année de l'Esprit Saint » en particulier une neuvaine entre Ascension et Pentecôte. Mais le plus important, n'est-il pas de prier avec plus d'insistance et de ferveur Celui qui nous met en communication avec le Père et le Fils.
« Viens, Esprit Saint, remplis le coeur de tes fidèles, allume en eux le feu de ton amour »
Le Souffle de la vie spirituelle
Dans la rue le chrétien ne se distingue pas des autres passants, pas plus qu'à l'usine ou au bureau. La vie chrétienne est une communion avec Jésus qui se réalise dans l'intimité de notre personne. C'est l'Esprit Saint qui assure cette relation intérieure. Il rend là Parole de Jésus actuelle pour nous et sa présence de Ressuscité active et chaleureuse en nous.
Jésus a promis à ses disciples l'Esprit Saint, son Esprit qui l'unit à son Père et qui leur permettra de demeurer toujours avec Lui, de comprendre son enseignement et son oeuvre, d'en faire mémoire dans leur existence et de les prolonger dans l'unité. D'une autre manière, les auteurs du Nouveau Testament écrivent que les chrétiens deviennent par l'Esprit Saint, enfants de Dieu, fils adoptifs du Père à la suite de Jésus, premier né. L'Esprit Saint pousse les disciples à relire la mon de Jésus à la lumière de sa résurrection comme le don de sa vie, le pardon offert à tous par le Père. Ainsi par l'Esprit Saint, nous prenons conscience de notre relation avec Dieu et de noire situation dans son projet de salut.
La vie chrétienne est donc notre vie humaine, vécue dans l'Esprit Saint. Son acte principal est la prière. Dans l'Esprit Saint nous reconnaissons Dieu comme notre Père et lui disons amicalement « Abba ». Dans l'Esprit Saint nous reconnaissons Jésus comme Notre Seigneur et lui exprimons notre attachement. Nous pouvons rendre grâce pour le don de la vie. pour le pardon obtenu, pour l'espérance annoncée, pour la réconciliation inaugurée. Nous pouvons demander toutes choses à un Père, prêt à tout donner à ses enfants pour qu'ils deviennent l'image de son Fils unique des hommes accomplis et heureux.
La vie spirituelle qui est d'abord intérieure produit à l'extérieur des fruits de « Joie, de paix, de patience, de serviabilité, de bonté, de confiance dans les autres, de douceur, de maîtrise de soi ». L'Esprit est invisible mais on voit les effets de son action intérieure. Le partage des fruits de l'Esprit reconnus entre chrétiens et parmi tous les hommes sera un motif de louange et de progrès. L'observation des fruits de l'Esprit sera un critère important de discernement pour apprécier si nous nous laissons vraiment conduire par l'Esprit Saint.
Réf. Jean14, 15 et 16 ; Rom, 8, 1Jean 3,4 Luc 11,5-13 Gal 5,22-23
- Quelle est la vitalité de notre relation à Jésus, l'actualité de notre baptême ?
- Quelle est la qualité et la quantité de notre prière ?
- Quand nous arrive-t-il d'expérimenter et de partager les fruits de l'Esprit Saint en nous ?
L'agent de la vie sacramentelle
La foi commune des chrétiens se reçoit et s'exprime dans les sacrements, signes visibles de la communication entre Dieu et nous par Jésus. Tous les sacrements font appel à l'Esprit Saint : c'est Lui qui actualise et réalise dans ces gestes, enracinés dans l'existence et les paroles de Jésus, la force agissante et créatrice du Père. Il tourne notre regard vers la Croix du Christ. Là, Jésus donne sa vie, Jésus donne la vie. Et cette vie passe en nous à travers les symboles utilisés par l'Église à la suite de Jésus.
L'Esprit Saint est invoqué sur l'eau baptismale afin qu'elle purifie et donne la vie nouvelle d'enfant de Dieu.
L'Esprit Saint est invoqué sur le pain et le vin de l'Eucharistie afin que s'actualise le geste de la Cène et que ces nourritures deviennent corps et sang du Christ. L'Esprit Saint est de nouveau appelé sur l'assemblée des fidèles afin que, se nourrissant de ces aliments consacrés, elle devienne le corps du Christ. Si nous parcourons les prières de l'Église à propos de tous les sacrements, nous remarquons partout cette prière à l'Esprit Saint pour qu'ils soient actifs et féconds.
La Confirmation met davantage en relief l'oeuvre de l'Esprit Saint qui unit plus fortement le chrétien au Christ et l'envoie vers ses frères comme Lui il a été envoyé. Recevant l'Esprit qui habite en Jésus, marqué de cet Esprit Saint de Dieu, le chrétien confirmé est ainsi équipé pour vivre avec ses frères en Église et devenir porteur de la Bonne Nouvelle de Jésus devant tous.
Il ne peut y avoir de vie chrétienne sans vie sacramentelle car Jésus a voulu nous unir à Lui et à son Père les uns par les autres et les uns avec les autres. Il a confié cette mission à l'Église qu'il sanctifie pour qu'elle puisse sanctifier ses membres. L'Esprit Saint est invoqué sur ceux que Dieu appelle à devenir parle sacrement de l'Ordre, les ministres de son Église pour proclamer l'Évangile au monde entier et rassembler en Lui tous leurs frères.
Réf. : Les prières eucharistiques. Le rituel des sacrements
- Avons-nous bien remarqué dans les prières eucharistiques les invocations à l'Esprit Saint (épiclèses) ?
- Sommes-nous des chrétiens confirmés qui laissons agir l'Esprit Saint en nous et à travers nous ?
- Est-ce que nous réalisons l'importance des sacrements dans notre vie chrétienne et ecclésiale ?
Le moteur de la conversion
« Donne-nous Seigneur, un cur nouveau, mets en nous Seigneur un esprit nouveau »
Cette prière fait écho à la promesse des prophètes qui soutenait la foi du peuple en exil et l'exhortait à revenir vers Dieu pour accueillir ses dons.
Les ravages du mal dans le monde désespèrent souvent les hommes et les maintiennent loin de Dieu. Le péché fait mal que l'on en soit victime, complice ou auteur : ses blessures se ferment difficilement.
L'Esprit Saint ramène toujours vers le Christ en croix. Il met en lumière la perversité du péché qui a provoqué la mort de Jésus, en même temps que le don de sa vie qui est offert gratuitement à tous par amour. Le péché est à la fois dénoncé et vaincu. Le disciple peut entrer en communion avec Jésus et résister à la pression du mal. Le Christ ressuscité donne son souffle, son Esprit, aux apôtres pour qu'ils puissent pardonner en son nom.
L'Esprit Saint lutte en nous contre la complicité avec le mal et nous unit au Christ qui a vaincu le mal sur la croix par sa mort et sa résurrection. Ainsi le chrétien peut avancer à la suite de Jésus dans l'humilité et l'espérance. Il aimera faire sienne cette prière :
Viens, Esprit Saint, en nos coeurs.
Lave ce qui est souillé.
Baigne ce qui est aride.
Guéris ce qui est blessé.
Assouplis ce qui est raide.
Réchauffe ce qui est froid.
Rends droit ce qui est faussé.
Réf. : Jo 16,7-15 ;19-23 ; 1 Jo 5 ; Rom 8 ; Gal 5,22-25
- Avons-nous conscience qu'un chrétien est toujours un pécheur pardonné et quelle place donnons-nous au sacrement de réconciliation ?
- Vivons-nous notre foi chrétienne comme un chemin à la suite du Christ où nos avançons dans la confiance à la lumière de son Esprit même à travers les erreurs et les incertitudes ?
Le lien de la communion
Le même Esprit Saint qui unit Jésus à son Père et nous unit à Lui, nous rassemble dans la communion entre nous. Nous devenons les membres unis et divers du Corps du Christ
Il n'y a qu'un seul Esprit qui suscite et fortifie l'unité. En même temps, l'Esprit donne à chacun ses propres dons qui lui permettent d'apporter sa part personnelle au bien de la communauté. Ces dons que nous appelons « charismes » sont variés. C'est le même Esprit Saint qui pousse chacun à les accueillir et à les développer en même temps qu'il les harmonise pour les progrès communs.
De même que dans La Trinité, l'Esprit Saint relie dans un amour mutuel les personnes distinctes du Père et du Fils, dans l'Église, l'Esprit Saint est facteur d'unité et de diversité. Par l'Esprit Saint, les personnes sont unies comme telles avec la variété de leurs dons et de leurs fonctions pour que l'Église demeure unie au Christ et accomplisse sa mission.
Accueillir les dons de Dieu incite à le louer et à lui rendre grâce dans la prière. L'Église découvre ainsi qu'elle se reçoit de son Seigneur comme à son origine de Pentecôte. Son unité ne vient pas de sa bonne organisation ou de sa ferme discipline. Elle est don de l'Esprit Saint qui la relie à l'amour mutuel du Père et du Fils.
Et cette unité ne lui est pas donnée pour elle-même mais pour rendre visible aux yeux de tous ce que Dieu fait. La réconciliation est inhérente à l'Église : elle est un don reçu et une tâche à accomplir.
Réf. : 1 Cor 12,13,14
- Travaillons-nous à l'unité des églises ?
- Travaillons-nous à l'unité dans l'Église :
- entre générations ;
- entre personnes d'option différentes parfois opposées ;
- entre responsables ;
- entre communauté chrétiennes ?
La force du témoignage
L'Église naît à la Pentecôte de la réalisation de la promesse de Jésus et de l'envoi de l'Esprit Saint. Les apôtres comprennent alors que la mort et la résurrection de Jésus inaugurent une nouvelle alliance entre Dieu et les hommes où tous sont pardonnés et rassemblés dans la vie offerte de Jésus. Ils réalisent qu'ils sont envoyés pour porter au monde entier cette extraordinaire Nouvelle à travers la langue de chaque peuple.
Le chrétien n'est pas simplement un bénéficiaire de l'amour de Dieu, il en est un témoin devant tous. Ce témoignage pour certains va jusqu'au martyre et Jésus promet son Esprit pour soutenir ceux qui sont appelés à le proclamer devant les tribunaux des hommes. La mission de l'Église n'est pas seulement de réunir et de fortifier ses membres, elle est d'annoncer aux hommes tout ce que Dieu a fait pour eux en Jésus.
Comme on le voit dans les Actes des Apôtres, l'Esprit Saint est « l'agent principal » de l'évangélisation. Il pousse le chrétien à approfondir et à partager le mystère de sa foi : Dieu se révélant en Jésus pour tous. D'un autre côté, il suscite au coeur des hommes des désirs et des attentes qui les rendent ouverts à cette Bonne Nouvelle.
Réf. : Luc 12, 1 - 12 ; Art 2, Jo, 34 -48 ; Evangelii nuntiandi n° 75
- Comment chacun de nous peut-il témoigner dans son existence et dans ces relations de Jésus qui le fait vivre ?
- Comment l'Église dans la société d'aujourd'hui peut-elle témoigner de l'appel du Christ à tous les hommes ?
- Voyons-nous dans notre société des attentes de la Bonne Nouvelle du salut ?
Le vent de l'histoire
Chrétiens, nous ne croyons pas que l'histoire des hommes est livrée au hasard et à l'absurde. Dieu, notre Père, la conduit dans le respect de nos libertés. En son centre, Il a. établi Jésus Notre Seigneur et veut en Lui et par Lui appeler et sauver tous les hommes. Jésus possède la plénitude de l'Esprit Saint, Celui qui planait sur les eaux de la création primitive, Celui qui était promis par les prophètes. À la Pentecôte, il a donné son Esprit à son Église qui cheminera dans le temps.
Quelles que soient les vicissitudes de l'Église, les erreurs humaines, les malheurs qui surviennent ou la longueur du temps. nous ne pouvons nous laisser aller au découragement ou à la lassitude. Au contraire, nous travaillons avec l'Esprit du Christ à devenir des hommes meilleurs et à rendre ce monde plus beau. Nous pouvons même déceler dans la société qui nous entoure. des signes de l'action de l'Esprit Saint qui confortent noire espérance et sont autant d'appels à continuer l'annonce de la Bonne Nouvelle.
En même temps, nous attendons le jour où le Seigneur se révélera à nous dans la clarté et où il ressuscitera nos corps ; nous attendons le jour où le Christ récapitulera l'histoire de notre monde et la présentera au Père. Travailler et attendre. C'est cela l'espérance chrétienne dans la paix et la confiance parce que Dieu est bon, parce que Jésus est ressuscité comme l'Esprit Saint nous l'atteste.
Réf. : Act 1,6-12 ; Rom 8,18-30 ; Ap 22,12-21
- Quel regard portons-nous sur 2000 ans de christianisme ?
- Comment exprimons-nous notre espérance pour notre avenir personnel et celui de notre monde ?
Conclusion
Bientôt 2000 ans après l'Incarnation de Jésus. Où va notre terre ? Où va notre histoire ?
Nous sommes heureux d'avoir reçu la vie et d'en découvrir davantage le sens en Jésus par l'Esprit. Nous sommes heureux de pouvoir partager cette connaissance et cet amour.
Que le Jubilé de l'an 2000 nous permette de donner à notre foi catholique des repères solides pour la rendre plus vive et plus témoignante. Puisse notre Église diocésaine, renouvelée par la force de l'Esprit,
aborder le siècle nouveau pleine de confiance et d'espérance.
François SAINT MACARY,
Évêque de Nice.