Société judéo-chrétienne, par ce raccourci, nous pourrions définir ainsi la société de la Côte d’Azur. Sa population a subi un fort brassage au cours des trente dernières années et a été multipliée par trois sur cette période.
Quelques constats sont possibles :
- - 5% de pratique religieuse ;
- - des assemblées dominicales où les plus jeunes sont quadragénaires ;
- - une forte réticence à dire " je suis chrétien " : comment le dire ?
- - des jeunes parents nés après 1968 qui ont la notion d’un être infiniment grand, d’une puissance protectrice, une notion relative du sacré, plus distante encore de la foi, mais une forte soif d’absolu. Les mots de Pâques, Pentecôte, Ascension sont connus mais sans écho ;
- - une génération de parents où la facilité de la séparation l’emporte très vite sur toute volonté de vivre le sacrement de mariage demandé quelques années plus tôt.
Hélas, les vocations religieuses subissent la même crise. Le Diocèse de Nice voit son nombre de prêtres baisser régulièrement. Cependant le nombre de paroisses demeure constant et la demande toujours forte de la part des pratiquants.
De fait, le monde de l’Enseignement Catholique pâtit lui aussi de cette situation, surtout que la vocation d’accueil va bien au delà d’une école confessionnelle. Des prêtres accompagnateurs qui ne peuvent consacrer que peu de temps aux établissements où l’animation pastorale est aussi une autre des responsabilités du chef d’établissement.
Ce contexte est difficile. Et ces difficultés augmentent par le fait que certains parents ont fait le pari de l’enseignement catholique justement pour le caractère propre et sont désarçonnés par leurs enfants :
" Papa, je ne suis pas dans une école catholique, on ne prie pas en classe le matin. "
Un décalage s’instaure. Que faire ?
Scrutons l’école catholique : " ce n’est pas le fait que la Communauté Éducative soit composée uniquement de catholiques qui fait la catholicité mais une dynamique éducative référée publiquement à l’Évangile. "
Le Projet Éducatif est un des éléments garant du caractère propre qui trouve sa source dans le Pasteur diocésain, l’Evêque, ou dans le message de la Congrégation et avant tout dans l’Évangile. Le lien entre les pasteurs et la communauté éducative est donc bien le Projet Éducatif.
Une impulsion forte du chef d’établissement, comme de l’animateur en pastorale scolaire doit s’appuyer sur un Projet Éducatif fort pour rendre vivant ce lien et pallier l’absence du prêtre.
Alors, si le domaine de la Pastorale est de la responsabilité du Chef d’établissement, cf. le Statut de L’Enseignement Catholique, quelle place pour l’APEL sur ce sujet ?
- C’est avant tout une association de parents, dont le catéchisme de l’Église Catholique indique :
" (les parents), parce qu’ils ont donné la vie à leurs enfants, ont la très haute obligation de les élever et à ce titre doivent être reconnus comme les premiers et principaux éducateurs ".
- C’est une association de parents d’élèves de l’Enseignement Libre, donc membre de la Communauté éducative et à ce titre acteur.
En détaillant sommairement les trois sacrements de l’initiation chrétienne, nous pouvons trouver une source d’inspiration de l’action de l’APELd’école.
- Par le Baptême, tout chrétien est plongé dans le mystère du Christ mort et ressuscité, pour mener une vie nouvelle (St Paul, Rm 6, 3-5), il participe à la triple fonction du Christ :
- - Fonction sacerdotale du Christ qui, par amour offre sa personne et son existence à Dieu ;
- - Fonction prophétique du Christ quand il se fait le chantre de l’Évangile et témoigne d’une conduite selon l’Évangile ;
- - Fonction royale du Christ par le service de ses frères, chaque fois qu’il contribue à réorienter la création dans le sens voulu par le créateur.
- Par l’onction de la Confirmation, le chrétien est marqué par la dignité de sa mission de baptisé, par l’imposition des mains, il reçoit l’Esprit Saint, esprit de sagesse et esprit d’adoration. L’esprit de Pentecôte, référence de la Confirmation, a pour signification de demander au chrétien de porter l’Évangile à tous les hommes ;
- Par l’Eucharistie, le chrétien est présent avec l’Église, communauté chrétienne à la Pâques de Jésus, rédempteur s’offrant à son Père et nourriture pour tous les membres de son Église.
Au vu des différentes missions du Chrétien, l’engagement spirituel de l’APEL doit être réel et ses actions doivent intégrer totalement le message de l’Évangile :
- Rappeler son engagement spirituel et lutter contre le sentiment d’indifférence religieuse ;
- Éclairer ses décisions à la lumière de l’Évangile et relayer le message de l’Évangile en toute occasion ;
- Lutter pour plus de justice et de paix dans son entourage et relayer le point de vue de l’Église en rapport avec l’actualité en le dépouillant de toutes les scories médiatiques ;
- Permettre à chacun d’accéder aux Sacrements, aux célébrations ;
- Montrer la liberté du chrétien.
Voilà autant de possibilités pour une APEL d’école de participer à l’animation de l’école afin de :
- Participer à la construction, à l’accomplissement de l’homme ;
- Donner des repères de progrès ;
- Rendre quotidien le message de l’Évangile.
Cela suppose pour ses membres des choix de vie en adéquation avec les exigences de l’Évangile ou tout au moins la volonté de les rejoindre.
Mais faut-il agir seulement au profit des enfants ?
- Si l’APEL doit vérifier les conditions matérielles des éléments du caractère propre et y participer activement par la promotion de la fonction de catéchiste, en soutenant leur recrutement, leur formation parmi les parents ;
- Si l’APEL, par une vigilance vis à vis du caractère propre des différents acteurs de la Communauté Éducative reste l’une des garantes du Projet Éducatif,
l’APEL doit également relever le challenge de l’interpellation directe des parents, qui, quelle que soit leur motivation dans le choix d’une scolarité dans un établissement d’enseignement catholique, restent les premiers éducateurs.
Si la recherche des parents est simplement celles de valeurs sociétales " protégées ", importantes certes, la réponse doit explicitement relayer la dimension évangélique.
Sinon quelle compréhension possible de la démarche spirituelle d’un jeune par ses parents ?
Il faut aussi accompagner les parents dans cette démarche et leur proposer également une démarche de conversion personnelle.
Ainsi les fondements de la famille, du Sacrement de Mariage :
- Fidélité à son conjoint qui peut être le signe de la fidélité de Dieu envers nous et de notre fidélité à son message ;
- Volonté de durée qui peut être le signe de l’appel à se dépasser ;
- Fécondité qui ne peut simplement s’arrêter à la procréation mais aussi signe de l’Amour, de l’attention à son prochain ;
- Liberté de l’engagement, signe de la liberté de l’Amour de Dieu pour les hommes.
peuvent-ils témoigner simplement du sens des valeurs auxquelles chacun d’entre nous aspire, pour soi-même et pour ses enfants, au travers du processus éducatif, même si cela peut paraître difficile à réaliser au jour le jour.
À nous membres d’APEL, premiers éducateurs avec ou sans responsabilités, de veiller à fournir, au travers de chaque maillon de la Communauté éducative, au travers de nos actions, de nos faits et gestes, à chaque enfant les briques élémentaires, connaissance, savoir faire, savoir être qui lui permettront peu à peu de construire ses propres valeurs à la lumière de l’Évangile. A nous également d’inviter chaque premier éducateur à mettre en pratique ces briques.
Et ces briques élémentaires ne sont elles pas en résonance avec les valeurs de l’Enseignement Catholique,
Savoir + Culture + Foi ?...
J.C. POPPI