Voici le texte donné par Monseigneur BONFILS, Évêque de Nice, lors de sa venue en l'Institut Stanislas, vendredi 23 juin 2000.
" Celui qui fait la vérité vient à la lumière " (Jean 3,21)
Je suis amené à prendre la parole en dehors de la célébration proprement dite, car ce que j'ai à dire ne relève pas directement du genre littéraire de l'homélie.
Depuis bientôt deux ans de présence à Nice, j'ai été un peu encombré d'interventions écrites et orales concernant votre établissement. En tant que pasteur de ce diocèse, j'ai écouté, essayé de comprendre, et pas seulement à partir des mouvements d'humeur manifestés par les uns ou les autres, mais en ayant recours à des conseils de sagesse et de bon sens. Cela m'a été d'autant plus difficile que j'ai entendu des opinions radicalement opposées de la part de personnes
aussi respectables et crédibles les unes que les autres.
Le moment me semble venu de dire une parole qui, je pense, se suffira à elle-même et à laquelle il sera inutile de réclamer quelque commentaire que ce soit, sous quelque forme que ce soit, y compris en récoltant nombre de signatures qui n'auraient sur moi aucun effet, et ne recevraient aucune réponse. La vérité des événements, des situations et des comportements, en effet, ne se mesure pas uniquement ni d'abord à l'aune des majorités qui s'expriment, mais au poids
des arguments qui sont avancés. Ce que j'ai à direest simple et peut être compris de tous.
1. - J'exprime et renouvelle ma confiance à M. J.J Jamain, Directeur Diocésain de l'enseignement, ainsi qu'au Conseil de tutelle diocésaine qui, sous ma Présidence ou celle du Directeur Diocésain, statutairement " se porte garant devant l'Évêque de l'authenticité évangélique du projet éducatif et de sa mise en oeuvre dans les établissements ". (art. 15 des statuts).
Il est donc inutile de faire appel devant l'Évêque d'une décision prise en Conseil de Tutelle.
Cette confiance s'étend à toutes les personnes qui, dans l'Établissement, adhèrent loyalement au projet général de l'Enseignement Catholique et au projet particulier de l'établissement. J'ose espérer que ces personnes sont la majorité.
2. - Je tiens ensuite à situer le plus exactement possible le rôle de l'Évêque dans le fonctionnement de l'Enseignement catholique diocésain.
Contrairement à ce que beaucoup pensent, il n'est pas tout puissant. Et, finalement, il vaut mieux qu'il en soit ainsi. Cela, par disposition statutaire établie par la Conférence des Evêques de France et compte tenu de la situation légale qui est faite à l'Enseignement Catholique dans la société française. L'Évêque ne dispose que de deux pouvoirs : celui de choisir le chef d'établissement et celui d'accorder ou de retirer le label catholique à un établissement .
Il apparaît donc que, dans le cas qui nous occupe ce soir, il ne faut pas attendre de ma part le jugement du tribunal suprême sur des personnes mais simplement un propos susceptible de réveiller les consciences au bénéfice du bien commun de l'établissement. Compte tenu de la perversion de certains comportements observés ces derniers temps, je ne suis pas certain d'y parvenir complètement.
3. - Autant que je puis m'en rendre compte à partir des témoignages contradictoires que j'ai reçus, il y a eu dans la maison des pratiques et des comportements délictueux qui relèvent de la justice pénale, et qui doivent être dénoncés jusqu'au bout et punis par les instances compétentes. Ce domaine n'est pas le mien.
Je suis particulièrement indigné des lettres anonymes qui ont circulé et dont je considère les auteurs comme des personnes sans éducation, sans courage et sans honneur.
Je récuse toute analyse manichéenne de la situation :
Ce n'est pas en entretenant un climat de suspicion, de délation, de mensonge, de médisance et de calomnie, de peur, que l'on guérira le mal qui affecte l'établissement. Tout ce que j'ai entendu, m'amène à croire que ce climat existe ici. Je ne veux pas laisser entendre que rien de bon ne se fait. Mais ce qui est bon ne baigne pas dans un bon climat.
4. - Pour redresser ce qui doit l'être, il importe d'abord que chaque instance et chaque personne concernée par le fonctionnement de l'établissement occupe la place qui est la sienne dans la vérité et la charité. Je dis bien la place qui est la sienne. Ni plus ni moins.
Quoiqu'il en soit des habitudes prises dans la maison et des pratiques plus ou moins ambiguës hélas trop bien connues chez nous. Il n'y a de charité que dans la vérité.
Tout ce qui relève du parrainage, de l'esprit de clan, de la restriction mentale, de l'intolérance et de l'exclusion soit au niveau administratif, soit au niveau pastoral, ne vient pas de l'Esprit de Dieu mais du Malin.
Il importe que chaque responsable, quel que soit son niveau, prenne toutes ses responsabilités là où il est, sans être conduit au mensonge, par peur de les prendre.
Il importe qu'il sache dialoguer, supporter la contradiction, reconnaître ses torts, rechercher ce qui unit plus que ce qui divise et entraîner ceux dont il assume la responsabilité dans la direction du projet éducatif et pastoral de l'établissement.
Pour parvenir à atteindre cet équilibre, toujours un peu fragile ,- vu la faiblesse humaine -, une mission spécifique et, je le reconnais, difficile, est dévolue au Chef d'Établissement. Et il revient à la seule tutelle diocésaine, et non à quelque autre association que ce soit, d'apprécier s'il est en mesure de la remplir, hors de toute pression de type clanique ou sectaire.
5. - Un établissement d'Enseignement catholique devrait être en même temps un lieu de culture , une école d'initiation à la liberté, fruit normal d'une proposition intelligente, ouverte et engagée de la foi chrétienne. C'est dans cette direction que doit être prononcée toute parole d'enseignant, et conduite la vie personnelle qu'il mène. Si, évidemment, des éducateurs et enseignants ne sont pas encore parvenus de façon habituelle et publique au niveau requis par les dix paroles de Dieu à Moïse - plus actuelles que jamais - dans notre société, il ne faut pas espérer le maintien du caractère propre de l'établissement, qui exige en plus une référence explicite au style de vie évangélique. À mes yeux, cette référence doctrinale et éthique à la première et à la nouvelle Alliance compte au moins autant que la qualification de l'enseignant. Cette référence fait partie de sa déontologie professionnelle. Mais il faut savoir qu'en ce domaine, la jurisprudence habituelle, jusqu'ici, ne favorise pas la direction d'un établissement qui est amenée à prendre une décision vis-à-vis d'un membre du personnel, dont l'enseignement ou le comportement public et habituel ne correspond plus au caractère propre de l'établissement. On peut le regretter, mais c'est ainsi.
6. - Je conclus par ce qui me paraît devoir éclairer et régler tout le reste : la prise en considération des jeunes de l'établissement. Ils ont droit au respect, le respect de leur propre personne et le respect de la personne des enseignants et de tout le reste du personnel. Il est intolérable d'afficher devant eux des querelles internes de clans. Où trouveront-ils des témoins de la vérité, de la justice, de la charité doctrinale et éthique et d'un minimum de civilité, auxquelles ils ont droit, s'ils ont en permanence sous les yeux des images déformées et déformantes de la personne humaine honnête, loyale, confiante, désintéressée et du chrétien conscient que son appartenance à Jésus Christ et qui en tire toutes les conséquences. Il faut réentendre les paroles fortes de l'Évangile : " quiconque entraîne la chute d'un seul de ces petits qui croient en moi, il est préférable pour lui qu'on lui attache au cou une grosse meule et qu'on le précipite dans l'abîme de la mer. Malheureux le monde qui cause autant de chutes " (Mat. 18,6-7).
7. - Je crois en avoir assez dit, non seulement pour éclairer les consciences qui s'interrogent, mais pour encourager celles et ceux qui font confiance à l'enseignement catholique et à cet établissement en particulier, qui sont attachés à son caractère propre et qui mettent tout en oeuvre pour le maintenir et le promouvoir dans un esprit d'ouverture et une exigence de liberté et de responsabilité. Je prie pour tous, et les engage à se donner avec enthousiasme à leur mission d'éducateurs dans l'ordre de la culture et de la foi.
Merci de votre attention.
+ Jean Bonfils
Évêque de Nice
Stanislas - Nice
Le 23 juin 2000