Samedi 29 janvier 2000, la messe de l'enseignement catholique a été célébrée en l'église Notre-Dame du Port à Nice.
J'ai repris a posteriori quelques éléments de la prédication donnée ce soir-là à la demande de quelques participants.
Fr. Norbert-Marie Sonnier.
S'il est un résumé possible pour ce passage de l'Évangile de Marc (l, 21-28), il tient en cette phrase : " un enseignement qui libère ". Jésus enseigne et au terme l'homme " possédé " est libéré de l'esprit mauvais. Il y a là une méditation à faire sur la puissance et l'efficacité de la parole de Jésus. Mais je voudrais la faire précéder d'une réflexion sur le temps, la durée, afin que l'on ne se méprenne pas sur l'usage de la Parole de Dieu.
Saint Paul écrivant aux chrétiens de Corinthe (I Co 7, 32-35) leur conseille - au moins dans le passage entendu - de ne pas se marier afin d'être libre pour le Seigneur.
Cette conception du célibat se comprend fort bien dans un contexte de proximité du retour du Christ : si la venue du Christ est proche il semble en effet plus logique d'être entièrement tendu vers cette heure. Or, ce qui semblait peut-être assuré aux débuts de la prédication chrétienne le devient un peu moins chaque jour où l'on se rend compte que ce retour n'est plus si imminent que cela. Alors il faut s'installer dans la durée tout en attendant ce moment dernier qui peut survenir d'un instant à l'autre. Et c'est là que nous sommes rejoints par la Parole puisque nous aussi nous attendons.
Quant à l'extrait du Deutéronome (18, 15-20), il nous renseigne lui aussi sur la durée, sur le temps de Dieu. Ce livre a été écrit quelques siècles avant la naissance du christianisme. Pourtant, il affirme, au Peuple d'Israël, qu'un prophète de l'envergure de Moïse viendra. C'est l'espérance, c'est l'attente de tout un peuple, de générations de croyants qui est mise dans la venue d'un Messie, d'un Sauveur. Là encore, nous sommes en présence du temps favorable, du temps de Dieu, du moment choisi par Dieu.
Et puis voici que l'attente se précise encore : nouvel Élie, nouveau Moïse... le Messie doit venir. Les temps sont accomplis... et Jésus de Nazareth commence à prêcher le Royaume de Dieu. L'attente des hommes est enfin exaucée.
Mais qu'en est-il de cet homme ?
Que nous en dit l'Évangile ?
Une chose assurée : son enseignement est différent ; la différence tient dans l'autorité du discours. Il faudra attendre encore quelques chapitres de Marc pour savoir ce que Jésus enseigne. Pour l'heure, les auditeurs et les lecteurs sont devant cette nouveauté : un homme qui enseigne avec autorité.
Il faudrait ici faire référence à l'Évangile de Jean pour comprendre de quoi il s'agit : c'est la Gloire de Jésus, l'expression de sa profonde et intime relation au Père. Un enseignement qui laisse entrapercevoir cette réalité de la gloire du Christ, mais un enseignement d'autorité qui va libérer.
C'est un jour de sabbat, jour de communion avec Dieu, jour où l'homme célèbre le repos de la création. Et Jésus libère un possédé, un aliéné, ce jour-là. Je vois dans ce geste tout le désir de Dieu que les hommes soient libres, libérés, pour lui rendre gloire. Ce que Dieu attend des hommes - et ce qu'il fait pour eux - c'est d'être, c'est de devenir des hommes libres. La libération se fait en Jésus-Christ. Par la puissance de la parole qui vient féconder tous les efforts de libération dans lesquels nous sommes engagés les uns, les autres. Par la puissance de l'Esprit qui vient au secours de notre faiblesse pour avancer sur ces chemins longs et pénibles de la libération.
L'on peut ainsi lier la durée et la Parole de Dieu dans un même processus libérateur. Entendre la Parole, la laisser entrer en nous, la laisser agir par la force de l'Esprit demande du temps pour la réponse, pour le travail de libération. Mais à terme, ce dont on s'aperçoit c'est que cette Parole redresse, remet en route, fait avancer, grandir... bref, libère l'homme.
Actualité donc de cet enseignement de Jésus qui libère.
Alors je me mets à rêver d'un enseignement catholique dans lequel tout notre effort pastoral consisterait dans une volonté d'amener à la liberté nos élèves, une pédagogie libératrice en somme ! Bien sûr, nous serons en léger décalage par rapport à la conception mondaine de la liberté (faire ce dont j'ai envie), mais il y a là un véritable enjeu : sommes-nous capables de les amener sur ces sentiers de liberté ? Je le pense, mais il faut aussi nous impliquer dans cette libération qui nous concerne tous et chacun.